Incendies de forêt : la prévention se prépare avant la crise

Communiqué de presse du 25 août 2026

Les incendies récents nous rappellent que la Wallonie doit se préparer à un risque appelé à devenir plus fréquent et plus difficile à maîtriser. Face à cette évolution, la prévention ne peut pas commencer lorsque le feu est déjà déclaré. Elle se prépare en amont, dans les forêts publiques comme privées, par une meilleure connaissance des massifs, des aménagements adaptés, des comportements responsables et une coordination étroite avec les services de secours.

La Société Royale Forestière de Belgique (SRFB) a consacré son assemblée générale du 13 mai 2026 à cette question. Chercheurs, administration forestière, propriétaires et gestionnaires y ont présenté les connaissances disponibles, les dispositifs en cours de développement et des expériences déjà mises en œuvre sur le terrain.

Les échanges ont confirmé que le danger d’incendie dépend de plusieurs facteurs combinés : la possibilité d’un départ de feu, les conditions météorologiques, le type et la répartition de la végétation combustible, le relief, les caractéristiques du sol, mais aussi l’accessibilité du massif et la disponibilité de l’eau.

Mieux connaître les massifs pour mieux intervenir

Lorsqu’un incendie se déclare, chaque minute compte. Les services de secours doivent pouvoir identifier rapidement les accès praticables, les chemins adaptés à leurs véhicules, les possibilités de retournement, les obstacles et les points d’eau disponibles.

La SRFB plaide donc pour la mise à disposition d’une plateforme simple et partagée, permettant aux propriétaires et gestionnaires forestiers publics et privés de renseigner notamment :

  • les chemins carrossables et leur niveau d’accessibilité ;
  • les entrées de massifs, barrières et éventuelles impasses ;
  • les zones de retournement pour les véhicules de secours ;
  • les étangs, mares, citernes et autres points d’eau mobilisables ;
  • les emplacements où de nouvelles réserves d’eau pourraient être envisagées ;
  • les coordonnées de personnes connaissant bien le massif.

Le Département de la Nature et des Forêts (DNF) travaille actuellement au développement de cette plateforme (opendfci_Wallonie) en lien avec les zones de secours, afin de structurer les informations utiles à la défense des forêts contre les incendies et de mieux cibler les investissements. À ce stade, cet outil n’est pas encore accessible aux propriétaires et gestionnaires privés, mais la SRFB souhaite qu’il le devienne rapidement, afin qu’ils puissent compléter et enrichir les données de terrain.

Cette approche rejoint également des expériences concrètes en forêt privée. Le Groupement forestier de la Vallée du Chavan, par exemple, a ainsi cartographié les accès selon les types de véhicules pouvant les emprunter, identifié les zones de retournement et recensé les sources d’eau existantes ou susceptibles d’être créées.

Faciliter les aménagements utiles à la prévention

Des propriétaires et gestionnaires souhaitent déjà agir : maintenir un accès utilisable par les secours, créer ou adapter une réserve d’eau, restaurer une mare ou un étang, prévoir une zone de retournement ou aménager un dispositif destiné à ralentir la propagation d’un feu.

Ces initiatives doivent naturellement respecter les enjeux liés à l’eau, aux sols, à la biodiversité et à la sécurité. Mais elles ne devraient pas être freinées par des procédures complexes ou disproportionnées.

La SRFB appelle dès lors à :

  • proposer des formations et un accompagnement technique aux propriétaires et gestionnaires ;
  • clarifier les autorisations nécessaires selon le type d’aménagement ;
  • améliorer la coordination entre les administrations concernées ;
  • prévoir des procédures proportionnées à l’importance des travaux ;
  • soutenir financièrement les aménagements qui présentent un intérêt collectif pour la prévention et l’intervention des secours.

L’objectif n’est pas de multiplier indistinctement les infrastructures en forêt, mais d’identifier, avec les services compétents, les aménagements réellement pertinents pour chaque massif.

Sur ce point, la SRFB rejoint la préoccupation exprimée par NTF, le syndicat des propriétaires ruraux : les propriétaires qui souhaitent réaliser des aménagements utiles à la prévention doivent pouvoir bénéficier d’un cadre clair, cohérent et facilitant.

Adapter les travaux forestiers au niveau de risque

La prévention concerne tous les usagers de la forêt. Elle concerne également les propriétaires, les gestionnaires, les entrepreneurs et les professionnels qui y travaillent.

Les machines, outils thermiques et travaux susceptibles de produire des étincelles ou une chaleur importante peuvent devenir dangereux lorsque la végétation est très sèche. Il est ainsi recommandé de suspendre les coupes et travaux utilisant des outils thermiques en période de sécheresse ou de canicule.

Un repère simple peut contribuer à cette vigilance : la règle dite des 30-30-30 :

  • une température supérieure à 30 °C ;
  • une humidité relative inférieure à 30 % ;
  • un vent supérieur à 30 km/h.

Lorsque deux de ces critères sont atteints, une prudence renforcée s’impose. Lorsqu’ils sont réunis tous les trois, la vigilance doit être extrême et les travaux susceptibles de provoquer un départ de feu devraient être reportés.

Cette règle constitue un indicateur pratique. Elle ne remplace pas les niveaux d’alerte officiels ni les consignes des autorités. La Wallonie travaille d’ailleurs à la validation d’indices météorologiques et de seuils adaptés à son territoire, ainsi qu’à l’élaboration d’un référentiel de mesures préventives.

Pouvoir limiter temporairement l’accès et les activités à risque

Lorsque le danger devient exceptionnel, la réduction temporaire des facteurs susceptibles de provoquer un départ de feu doit pouvoir être envisagée.

Cela peut impliquer de reporter certains travaux forestiers, de renforcer la surveillance, de limiter des événements ou des activités à risque et, lorsque la situation l’exige, de restreindre temporairement l’accès à certains massifs.

Ces mesures doivent être ciblées, proportionnées, clairement communiquées et fondées sur des critères objectifs. Elles ne remettent pas en cause le principe de l’accès à la forêt. Elles répondent à une situation temporaire dans laquelle la moindre imprudence peut mettre en danger les personnes, les écosystèmes, les habitations et les biens.

Préparer ensemble les forêts publiques et privées

Les forestiers ne se substituent pas aux pompiers. Leur rôle est toutefois essentiel pour les aider à intervenir : connaissance du terrain, guidage dans les massifs, identification des accès, information sur les enjeux environnementaux et patrimoniaux et surveillance d’éventuelles reprises après le passage du feu.

La prévention doit donc être construite avec les propriétaires et gestionnaires forestiers publics et privés, les zones de secours, le DNF, les communes, les scientifiques, les entrepreneurs forestiers et les autres acteurs du territoire.

Les priorités doivent être claires : mieux connaître les massifs, préparer les accès et les points d’eau, faciliter les aménagements utiles, adapter les activités au niveau de risque et partager les informations indispensables avec les services de secours.

Par leurs prises de parole complémentaires, la SRFB et NTF souhaitent contribuer à faire progresser rapidement ces mesures, aux côtés des autorités publiques et des acteurs de terrain.

Outre ces mesures à prendre d’urgence, il convient aussi, à plus long terme, d’adapter les peuplements et la sylviculture.

Face au risque d’incendie, la forêt publique et la forêt privée doivent continuer à avancer ensemble. La prévention se prépare avant la crise, et chacun peut y contribuer.

Qui sommes-nous ?

La Société Royale Forestière de Belgique (SRFB) est une association créée en 1893 qui agit pour la promotion et la protection de la forêt, ainsi que sa gestion durable. Depuis plus de 130 ans, elle défend avec conviction les solutions et la réflexion pour une forêt d’avenir, multifonctionnelle et source de vie.